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L'éclat d'une âme

Publié le 26/10/2026 • ⏱️ Lecture : 8 min (1519 mots)

J’ai l’habitude d’écrire. D’ordinaire, je pose des mots sur mes réflexions, sur ce que j’aimerais changer en moi, sur les choses dont je suis content ou les moments que je vis. Mais cette fois, pour raconter ce que j’ai traversé le week-end dernier, j’ai du mal à trouver mes mots. C’est sans doute parce que ce que j’ai touché du doigt dépasse le cadre de tout ce que je connaissais jusqu’ici.

Tout a commencé par un week-end prévu pour fêter l’anniversaire de deux amies. Nous étions treize personnes provenant de trois groupes d’amis différents. Même si nous nous étions déjà presque tous vus, il y avait des gens que je connaissais peu, voire pas du tout. Le premier groupe était celui de Mélissa, qui avait invité ses amis de très longue date. Le deuxième était celui de Rosalie, venue avec deux amies, Emma et Suzon. Le troisième groupe était le mien — d’ailleurs, même si j’apprécie d’autres personnes, tous mes vrais amis font partie de cet unique cercle.

Pour comprendre ce que ce week-end a éveillé en moi, il faut revenir un peu sur mon passé. J’ai traversé beaucoup de choses très compliquées, ce qui m’a poussé à me renfermer sur moi-même. Même si aujourd’hui je me sens heureux, je n’ai plus la même ouverture ni la même énergie sociale qu’avant. Ce que j’appelais jusqu’ici ma « sagesse » ou mon « calme » était en réalité devenu ma façon de ressentir le monde. Il y a bien sûr une partie de ce calme qui m’aide énormément : c’est la première étape de la sagesse, celle qui me permet d’analyser, de poser des mots et de ne pas être submergé par mes émotions. Grâce à cela, je ne vois plus la souffrance, la peur ou la tristesse comme des émotions négatives, mais comme des expériences qui, accompagnées d’une bonne réflexion, peuvent se transformer en force et m’aider à évoluer.

Mais avec le recul, je réalise que ce calme était aussi une carapace, un filtre placé sur mes émotions pour garder le contrôle. Quand j’allais mal et que j’ai décidé de me reprendre en main, je n’ai pas fait la différence entre ce qui me faisait souffrir et le reste : j’ai tout géré de la même manière. Je me suis protégé des autres, et je me suis protégé de moi-même. C’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui, bien que je n’aie aucune peur d’aller vers les autres, j’ai beaucoup plus de mal à maintenir une discussion dynamique. Ce n’est pas par manque de sujets de conversation, mais parce que dans ces moments-là, c’est comme si je n’appartenais pas pleinement à l’instant présent. Rien ne me vient naturellement, comme si je n’avais aucune ressource à partager, aucune énergie à transmettre, comme si j’étais absent derrière les barrières que j’ai moi-même construites. Pourtant, retrouver cette qualité de présence m’importe énormément quand je repense à tout ce qu’elle peut apporter.

Et c’est précisément la révélation que j’ai eue ce week-end. Dès le départ, j’ai trouvé ces deux jours et demi très agréables par la connexion qui s’est créée. Chaque groupe a pu continuer d’exister en tant que tel, chacun restant soi-même, mais les trois cercles ont tout de même merveilleusement bien fusionné. Assister à cela m’a fait voir à quel point l’être humain et les relations peuvent être belles et profondes. Elles vont bien au-delà de ce que l’on voit ou entend ; elles touchent à la perception et aux sentiments de chacun. En observant les gens, leurs actions, leurs réactions, les sentiments purs qu’ils renvoyaient, leurs expressions et leurs manières de parler, je me suis senti comme transcendé.

Mais ce qui a laissé la trace la plus profonde en moi, une trace dont je veux me souvenir toute ma vie et que j’écris ici pour ne jamais l’oublier, c’est ce qu’une personne en particulier m’a fait ressentir : Suzon, l’amie de Rosalie. Je ne l’avais jamais vue auparavant, mais elle m’a obnubilé au point que je ne pouvais plus détourner mon regard ou mes pensées d’elle. Au début, j’étais dans mon état d’esprit habituel, très calme, dans le contrôle le plus total, simplement amusé par elle, la trouvant drôle, toujours en forme et souriante. Puis, peu à peu, je me suis retrouvé profondément attiré par elle. Non pas attiré physiquement, ni par un désir de possession, mais attiré par son âme, par ce qu’elle dégageait et par l’impact de son énergie sur les gens autour d’elle. Elle semblait à l’exact opposé de mon besoin de contrôle. Chez elle, rien ne débordait, rien n’était de trop, mais elle rayonnait simplement par sa nature, ses sentiments et ses émotions.

Plus je m’y intéressais, plus j’étais emporté par cette énergie majestueuse. À un moment, lorsqu’elle m’a simplement demandé : « Est-ce que ça va ? », je me suis retrouvé happé par une bienveillance et une sincérité de la plus grande pureté. C’est une chose qui ne peut être falsifiée, qui se lit sur le visage, au fond des yeux, et qui se ressent. Face à cette énergie dynamique et joyeuse, je ne me suis pas dit, comme d’habitude : « Non, cela ne correspond pas à ma personnalité ». Pour la première fois, j’ai ressenti le désir d’atteindre cette dimension, l’envie de faire évoluer une partie entière de moi.

En la regardant, j’ai reconnu une part de moi que j’avais oubliée. J’ai été comme cela par le passé : lorsque j’étais en confiance, je n’avais aucune limite avec les gens, je dansais sans avoir besoin de me motiver, je parlais à tout le monde sans me soucier de rien et je partageais pleinement l’instant présent. Je me suis rendu compte que j’aimais cette partie de moi, et que je voulais la retrouver tout en conservant la maturité que j’ai aujourd’hui.

Auparavant, je me méfiais peut-être des émotions trop fortes par crainte de l’excès, car l’excès peut transformer les plus belles choses du monde en choses mauvaises. Je me contentais de vivre la joie à ma manière, par l’émerveillement calme et le plaisir. Pourtant, ce qui me pousse à écrire aujourd’hui, ce qui provoque en moi cette envie de changer et qui vibre encore en moi à l’instant où je relis ces lignes, c’est bien cette joie intense que j’ai ressentie ce week-end. Je comprends désormais que la sagesse ne s’acquiert pas une fois pour toutes et ne s’apprend pas : elle se construit en avançant. La sagesse n’est pas d’éviter les écarts ou de filtrer une joie très intense par peur de s’y noyer. Elle consiste au contraire à comprendre ce sentiment, même le plus fort du monde. C’est cette compréhension profonde, alliée à la connaissance de qui l’on est, qui permet de ne pas se laisser dépasser par l’émotion, mais de l’apprécier pleinement, sans filtre. Elle permet de se donner corps et âme à ce que l’on ressent sans avoir besoin de retenir quoi que ce soit, un peu comme celui qui, en avançant dans la sagesse, comprend que savoir s’amuser comme un enfant en fait pleinement partie.

Suzon n’est pas ce que je veux devenir ; elle a été le réveil qui m’a permis d’avoir un éveil. En croisant ma route, elle a éclairé la suite de mon propre chemin, me rappelant que la vie n’est pas un état figé dans lequel on s’enferme, mais un mouvement perpétuel où l’existence même est la voie.

Comment aurais-je pu imaginer des choses dont je ne pouvais même pas effleurer la surface en restant dans mon cadre habituel ? Pourtant, je suis persuadé que ma solitude passée et mes barrières n’étaient pas une erreur. C’était une épreuve que j’ai dû traverser, une véritable aventure. Une aventure qui m’a fait souffrir, mais m’a permis de comprendre ma souffrance. Une chose qui m’a procuré des peurs, mais m’a appris à les comprendre. Une chose qui m’a mis face à mon être et qui m’a permis de travailler sur mon âme profonde. Sans ce cheminement intérieur, je n’aurais jamais eu la capacité de réflexion nécessaire pour saisir toute la beauté et la profondeur de ce qui s’est joué ce week-end à travers de simples regards.

J’ai créé par le passé un système, une fondation solide me permettant de réfléchir, d’analyser, d’écrire, d’accepter et d’avancer. Aujourd’hui, je suis fier de ce que je suis, mais je réalise que cette fondation peut supporter quelque chose de bien plus vaste : alors qu’en restant dans mon système, j’avais pour perspective de construire une maison, je vois maintenant que je peux bâtir un immeuble. Cette révélation m’a permis d’être reconnaissant pour ce que je suis aujourd’hui tout en appréciant ce que je pourrais être demain. J’ai pu voir et comprendre la beauté d’une âme, ce qui m’éclaire sur ma propre voie. Je vais désormais me servir de ma réflexion pour dépasser un cap, sortir de ce que je pensais être suffisant pour moi et aller vers quelque chose d’encore plus grand. Quelque chose qui me permettra de renaître comme un phénix renaît de ses cendres puis s’envole dans le ciel. Quelque chose qui me permet, enfin, de transcender mon existence par la réflexion et par la présence au monde.